Faits saillants 2014

Nous voilà déjà rendus à l’automne de la cinquième – et dernière – saison de la campagne de terrain pour le Québec méridional. L’immense effort consacré par les participants est simplement époustouflant : plus d’un demi-million de mentions de nidification colligées en près de 100 000 heures, rien de moins! Comme à chaque année, les milliers d’heures passées sur le terrain en 2014 ont conduit à des découvertes qui méritent d’être soulignées. Vous trouverez sur cette page des renseignements sur quelques-unes d’entre elles.

Pour lire le bas de vignette et voir le crédit photo d’une image, vous devez simplement placer votre curseur sur l’image en question. L’équipe de l’Atlas en profite pour remercier les auteurs des photos publiées sur cette page.

Il existe plusieurs sous-espèces du Bec-croisé des sapins en Amérique du Nord, qui se distinguent surtout par leur taille ainsi que la forme et la grosseur de leur bec, et qu’on a classées en divers types selon leurs cris. La preuve de la présence de la sous-espèce percna (type 8) à l’île d’Anticosti en 2014 constitue une découverte importante, qu’on anticipait depuis 2011. L’espèce, plutôt rare au Québec, y avait alors été rapportée dans 22 parcelles, et Michel Gosselin, du Musée canadien de la nature, avait avisé les bureaux de l’Atlas de la vraisemblance qu’il puisse s’agir de cette sous-espèce, dont l’aire de nidification connue se limite à Terre-Neuve. Il a fallu attendre jusqu’en 2014 avant de pouvoir retourner à Anticosti. Ce nouveau voyage nous a permis de compléter la couverture des parcelles prioritaires de l’île, mais aussi d’y documenter la présence de la sous-espèce percna. Ce sont d’abord Yves Aubry et Charles Francis, du Service canadien de la faune, qui ont enregistré les cris et pris des photos des oiseaux en juin, puis Christophe Buidin et Yann Rochepault, deux atlasseurs embauchés par les bureaux de l’Atlas, qui ont capturé et mesuré trois spécimens en juillet. Même si des analyses poussées seront requises avant de statuer définitivement, les cris et les mensurations de ces oiseaux concordent avec ceux de la sous-espèce percna, caractérisée par sa forte taille et son gros bec. Cette découverte ouvre la porte à des études plus approfondies puisque la sous-espèce percna est désignée « en voie de disparition » au Canada. Sa situation préoccupante à Terre-Neuve serait liée à l’introduction de l’Écureuil roux, qui rivalise avec les becs-croisés pour une même ressource alimentaire : les graines de conifères. La découverte de ces becs-croisés à Anticosti est d’autant plus intéressante que l’île n’a jamais été colonisée par l’Écureuil roux.

Le dernier printemps de travaux de l’Atlas a permis d’ajouter plusieurs parcelles à la carte de répartition du Petit-duc maculé. D’ailleurs, les responsables de l’Atlas en profitent pour remercier ceux et celles qui ont répondu à l’appel lancé en mars dernier. Soulignons l’ajout de parcelles dans les régions 4 (Pontiac), 5 (Gatineau), 7 (Basses-Laurentides), 8 (Lanaudière), 15 (Région de l’Amiante) et 21 (Mauricie). Désormais, la carte de l’Atlas présente probablement une très bonne vue d’ensemble de l’aire de nidification véritable du petit-duc au Québec, même s’il n’est pas impossible que l’espèce niche parfois au-delà.

La conduite de travaux de terrain dans des régions éloignées réserve toujours son lot de surprises. Cette année, une équipe d’atlasseurs composée d’Olivier Barden, Philippe Beaupré, Vincent Létourneau, Christian Marcotte et Michel Robert a pu visiter, en hélicoptère, plusieurs parcelles situées au nord du chantier La Romaine-3, près de la frontière du Labrador. La découverte d’indices de nidification pour la Macreuse à bec jaune (1 parcelle), le Fuligule milouinan (4 parcelles), le Petit Chevalier (3 parcelles), le Bécassin roux (9 parcelles), la Pie-grièche grise (1 parcelle) et le Phalarope à bec étroit (11 parcelles) mérite d’être soulignée, tout comme la présence d’oiseaux associés aux peuplements décidus, tels le Viréo aux yeux rouges (3 parcelles), la Paruline couronnée (2 parcelles), la Paruline flamboyante (3 parcelles), le Pic maculé (2 parcelles), le Pic mineur (2 parcelles) et le Moucherolle tchébec (9 parcelles).

La participation de Christian Marcotte aux travaux dont il est question ci-haut n’est pas étrangère au fait qu’il ait découvert, quelques jours plus tard, un Bécassin roux et un Bécasseau minuscule dans une grande tourbière de la parcelle 19DR19 (région 41), cette fois au sud de la latitude 50,5 N. C’est après avoir analysé une image Google Earth que Christian a décidé de faire un détour par les parcelles adjacentes et de marcher à travers bois pour accéder à cette tourbière, dont le substrat lui rappelait celui de certaines tourbières visitées au nord du chantier La Romaine-3. Ces premières mentions du Bécassin roux et du Bécasseau minuscule pour le Québec méridional (ailleurs qu’à Anticosti et aux Îles de la Madeleine, dans ce dernier cas) représentent de très belles trouvailles pour l’Atlas.

La Sterne caspienne a été trouvée cette année à un nouveau site de nidification, sur le fleuve Saint-Laurent en aval de Montréal : l’île Hervieux, en face de Lavaltrie, dans la région de Lanaudière. Ce sont Jean-François Giroux et Francis St-Pierre, de l’Université du Québec à Montréal, qui ont fait la découverte le 11 juin. Trois nids se trouvaient en périphérie de la colonie de Goélands à bec cerclé que l’île abrite. La Sterne caspienne a également été observée, à plus d’une reprise, dans le secteur de l’îlet Lefebvre, dans l’archipel de Contrecoeur, où se trouve également une colonie de goélands. Comme la Sterne caspienne niche souvent en compagnie du Goéland à bec cerclé, l’espèce pourrait donc y nicher aussi, mais il pourrait également s’agir de sternes provenant de l’île Hervieux, qui se trouve tout près (env. 2 km).

On s’intéresse à la répartition de la Bernache de Hutchins surtout depuis qu’elle a été reconnue, en 2004, comme une espèce distincte de la Bernache du Canada. Avant 2014, la seule preuve de nidification obtenue durant les travaux de l’Atlas provenait du secteur de Puvirnituq, près de la baie d’Hudson. Une nouvelle preuve a été recueillie cette année, cette fois du côté de la baie d’Ungava, dans le secteur de Kangirsuk : le 8 août, Pierre Brousseau, Jean Rodrigue et Stéphane Turgeon ont capturé un groupe de 40 Bernaches de Hutchins, dont 22 jeunes incapables de voler. Les très rares indices de nidification de la Bernache de Hutchins au Québec ont tous été recueillis dans le cadre d’un programme de baguage destiné au suivi des Bernaches du Canada qui nichent sur les côtes des baies d’Ungava et d’Hudson, et coordonné par Richard Cotter du Service canadien de la faune.

Les responsables de l’Atlas devront, dans les prochains mois, compléter la révision des centaines de milliers de mentions recueillies depuis 2010. Parmi celles-ci, les plus singulières seront analysées par le Comité de validation provincial (CVP), qui statuera sur la façon de les traiter dans l’Atlas. Par exemple, l’observation cette année d’un Dickcissel d’Amérique en Montérégie fera partie des cas sur lesquels se penchera le CVP. Cet oiseau, un mâle apparemment non-apparié, a été observé pour la première fois par Daniel Ouellette le 7 juin à Franklin, près de la frontière états-unienne. L’oiseau, qui chantait beaucoup, semblait particulièrement territorial puisqu’il chassait régulièrement des oiseaux, par exemple des Bruants des prés, du champ qu’il occupait. L’oiseau est demeuré à Franklin au moins jusqu’au 17 juillet. Le Dickcissel d’Amérique est connu pour nicher à l’occasion à l’est de son aire habituelle, principalement lors d’années de sécheresse dans le Midwest. Il a par exemple déjà niché en Ontario et dans l’État de New York.

Un autre cas inusité est celui du Moucherolle vert, observé au Témiscamingue à chaque été depuis… 2011. En effet, le matin du 11 juin 2011, Jonathan Fréchette a découvert à Notre-Dame-du-Nord un moucherolle de cette espèce qui chantait dans un milieu forestier à première vue propice à sa nidification. Le suivi qu’en a fait Jonathan cette année-là a permis de constater qu’il s’agissait, encore ici, d’un mâle non-apparié. À la surprise de tous, ce moucherolle était de retour au même endroit en 2012 (27 mai au 24 juin), 2013 (4 au 27 juin) et 2014 (8 au 28 juin), mais semblait toujours non-apparié. Au Canada, le Moucherolle vert niche uniquement dans le sud de l’Ontario, principalement dans la région de la forêt carolinienne. Le CVP déterminera bientôt le traitement qui sera accordé au Moucherolle vert dans le futur Atlas.

Il est aujourd’hui habituel de trouver, en période de nidification, le Troglodyte de Caroline dans l’extrême sud-ouest du Québec. Toutefois, en Gaspésie, c’est autre chose!  Le 23 juillet dernier, Andrée Gagnon a entendu, puis enregistré, un chant qu’elle ne connaissait pas, et qui s’est avéré être celui du Troglodyte de Caroline. Plusieurs observateurs ont ensuite eu la chance de voir ou d’entendre l’espèce sur la rue Monseigneur-Leblanc, à Gaspé. Puis le 21 août, la responsable de la région pour l’Atlas, Diane Jalbert, a photographié deux individus, dont un a été identifié par Michel Gosselin, du Musée canadien de la nature, comme étant un jeune oiseau né cette saison. Une trouvaille étonnante pour ce coin de pays.

Encore cette année, une équipe composée de Ted Cheskey (Nature Canada), Aurélie Bourbeau-Lemieux (Grand Conseil des Cris), Marc-Antoine Montpetit (atlasseur bénévole) et Gary Salt (résident de Waskaganish) a visité la baie de Rupert afin d’y mener des inventaires d’oiseaux. Le groupe a eu la chance de recenser de très nombreux Bruants de Nelson et Bruants de Le Conte, ainsi qu’une vingtaine de Râles jaunes, notamment dans le secteur de la baie Cabbage Willows. Fait intéressant, l’équipe a de nouveau (voir les faits saillants de 2013) observé des Pélicans d’Amérique, cette fois dans trois parcelles. Enfin, la Mouette pygmée (y compris des jeunes de l’année) a été observée à quelques reprises et dans quelques parcelles, même si aucun site de nidification à proprement parler n’a été trouvé. Toutefois, les observations rapportées laissent croire que la Mouette pygmée pourrait nicher dans le secteur de l’île Lavoie, où des observations conduites en 2002 dans le cadre d’une étude d’Hydro-Québec avaient laissé croire la même chose.

On connaît peu de choses du statut et de la répartition de l’Océanite cul-blanc au Québec, même si on sait depuis longtemps que l’espèce niche à l’île Brion (Îles de la Madeleine), à l’île Bonaventure et à l’île du Corossol (Sept-Îles). Comme 2014 marquait la fin de la campagne de terrain pour le Québec méridional, et que les océanites s’activent seulement durant la nuit à leurs sites de nidification, les bureaux de l’Atlas ont décidé d’installer quelques enregistreuses sur des îles de la Côte-Nord, notamment là où l’Océanite cul-blanc avait été trouvé durant le premier Atlas. Contre toute attente, cette initiative a permis de documenter la présence de l’espèce non seulement aux sites en question (3 îles situées dans 2 parcelles), mais également sur une île où elle n’avait jamais été rapportée (nouvelle parcelle). Étant donné la quantité d’îles qu’abrite la Côte-Nord, on peut croire qu’une recherche plus poussée permettrait peut-être de hausser le nombre de sites de nidification connus.

Voici quelques autres mentions d’intérêt pour l’année 2014 : l’observation d’au moins cinq Hirondelles noires les 20 et 21 juin à St-Aimé-des-Lacs, dans Charlevoix (Jean-François Rousseau), la découverte d’un nouveau site de nidification de la Grande Aigrette, au sud de Sabrevois, dans la vallée du Richelieu (Pierre Bannon), la confirmation de la nidification du Hibou moyen-duc dans la région de Waskaganish, à la baie James (Marc-Antoine Montpetit), l’observation d’un Troglodyte à bec court à Manseau, dans la région de Lotbinière (code T; Olivier Barden, Daniel Gagné), l’observation de jeunes Bécassines de Wilson dans les environs de Kangirsuk, en Ungava (Michel Robert et Jean-François Poulin), et la découverte d’une Chouette rayée au camp des Murailles, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Havre-Saint-Pierre sur la Côte-Nord (Charles Meilleur).